Juliet Mitchell : psychanalyse et féminisme.
Juliet Mitchell
Biologiste, binariste, patriarcale : voilà ce qu'on reproche aujourd'hui à la psychanalyse. L'ironie est entière, car ce sont là les questions qu'elle avait ouvertes la première. En 2019, devant des milliers d'analystes, Paul B. Preciado comparait le recours à la différence sexuelle à la croyance en une terre plate. Il visait juste et manquait sa cible : ce qu'il dénonçait, l'assignation d'une identité sexuée, la psychanalyse l'avait de longue date formalisé comme impossible.
C'est de ce malentendu que part mon dernier article, paru dans Topique. J'y relis un demi-siècle de travail de Juliet Mitchell, de « Women: the Longest Revolution » (1966) à Fratriarchy (2023), pour dégager la distinction qui en fait le prix : d'un côté la différence des sexes, qui relève de la transmission entre les générations ; de l'autre le genre, qui relève du jeu des identifications entre semblables, entre frères et sœurs.
Cette distinction change tout. Elle tient ensemble deux propositions qu'on croit incompatibles : le genre est fluide, et pourtant la domination persiste. Elle permet surtout de penser le féminin autrement que comme un contenu réservé aux femmes. Le féminin devient une position que tout sujet traverse, homme ou femme, et dont la dévalorisation, lorsqu'elle pèse sur des corps de femmes, forme le nœud véritable de l'oppression.
Reste une question que Mitchell n'a jamais refermée, et que que nous ne pourrons pas trancher : pourquoi cette pensée est-elle si difficile à entendre, jusque chez ceux qui prétendent libérer le féminin ?
À lire dans Topique : Contrastes du féminin : de l'importance de l'œuvre de Juliet Mitchell pour la psychanalyse