A laboratory for thinking thoughts…
“Les Mondes que nous avons déjà détruits…”
“Si la seule arme qui nous protège fonctionne entièrement dans un monde imaginaire, un monde où nous aurions appuyé sur le bouton, que savons-nous vraiment de la solidité de cette protection ? Il s'agit d'une question que nous ne pouvons trancher par aucune expérience.” Nous tentons d’exposer ici les thèses de Jean-Pierre Dupuy, David Lewis et Gregory Kavka sur un sujet complexe : les énoncés contrefactuels et leur applications à des mondes possibles.
La honte de Prométhée Revue Projet
Là où la menace nucléaire était contenue par la complexité de sa fabrication – nombre restreint d’acteurs, infrastructure lourde et traçable, chaîne de commandement identifiable – le mal du drone est inoculé dans et par sa banalité. Pour autant, son maillage et sa nature restent changeants, fait technique dont beaucoup de pilotes témoignent : quelques composants remplacés, un firmware6 modifié, et l’appareil change de capacité sans changer d’apparence. La distance entre le drone civil et le drone armé n’est donc plus une différence de nature mais de degré. Ce n’est plus le complexe militaro-industriel que craignait déjà Eisenhower qui fabrique ces armes : c’est un écosystème ouvert, modulaire, proliférant, don la menace est, pour employer un terme que le phénomène appelle de lui-même, « ubérisable ». L’arme nucléaire ne permettra pas de dissuader l’usage malveillant du drone.